Créer un site en ligne prend une heure. Le quitter peut prendre des semaines. Avant de choisir un outil, une question vaut toutes les démonstrations : le jour où vous partez, qu'est-ce qui part avec vous ?
Qu'est-ce que l'enfermement dans un créateur de site ?
Vous avez signé pour un éditeur. Vous avez aussi pris, sans le voir, un hébergement, un nom de domaine et un compte, tous chez le même fournisseur. Tant que vous restez, c'est confortable. Le jour où vous voulez partir, vous découvrez que le site ne sort pas.
C'est cela, l'enfermement : partir coûte plus cher que rester, non parce que l'outil est bon, mais parce que rien n'en sort. Personne ne vous l'a caché. C'est écrit dans la documentation, à la page que personne ne lit avant de payer.
Et ce coût grandit avec le site. Trois pages se refont en un week-end. Trente pages, avec les formulaires, les galeries et les fiches produits, se refont sur devis.
Ce n'est pas une question de prix ni de mode de paiement. Une licence achetée une fois peut enfermer, un abonnement peut libérer. La seule question qui compte : qu'est-ce que je garde si j'arrête ?
Comment savoir si votre site vous appartient ? Le test du zip
Dix minutes suffisent, pendant l'essai, avant de sortir la carte bancaire. Cherchez le bouton d'export. Téléchargez. Décompressez le fichier sur votre ordinateur. Double-cliquez sur la page d'accueil, généralement nommée index.html. Coupez le wifi si vous voulez en avoir le cœur net.
Votre site s'affiche, avec ses images, ses menus, sa mise en page ? Il est à vous. Ces fichiers peuvent aller chez n'importe quel hébergeur, aujourd'hui ou dans six ans. Vous obtenez une page blanche, un fichier illisible ou un message expliquant que l'export n'existe pas ? Vous savez ce que vous achetez : un droit d'affichage.
Le test ne dit rien de la qualité de l'outil ni du confort de l'édition. Il dit une seule chose, la seule qui compte le jour du départ : vos pages existent-elles ailleurs que chez eux ?
Que donne le test chez Wix, Squarespace et WordPress ?
Wix indique dans sa documentation qu'un site créé avec son éditeur ne peut pas être exporté vers un autre hébergeur. Vous récupérez des tableaux, contacts ou catalogue de produits, pas le site. Le test est terminé avant d'avoir commencé.
Squarespace fournit un fichier XML au format WordPress : vos articles de blog et le texte de vos pages standard. Sa documentation exclut les pages produits, les pages d'événements, les réglages de style et le CSS personnalisé, et les images y figurent sous forme de liens vers ses serveurs. Double-cliquez dessus : du texte balisé, pas votre site.
WordPress, c'est deux cas. Sur WordPress.com, la version hébergée, l'export est le même fichier XML, sans le thème ni les extensions. Sur un WordPress installé chez votre hébergeur, vous possédez tout, fichiers et base de données, mais rien ne s'ouvre hors ligne : il faut un serveur, le même thème et les mêmes extensions. Ça se déplace, avec un professionnel.
Les outils qui produisent des pages statiques, c'est-à-dire des fichiers terminés au moment de la publication, réussissent le test sans même le passer. Le site publié, c'est déjà le zip.
Pourquoi votre site ne sort pas de la plateforme ?
Parce que, chez eux, votre site n'est pas un fichier. C'est un écran que leur système fabrique pour chaque visiteur, à partir de ce que vous avez saisi. Tant que vous êtes client, l'écran s'affiche. Le jour où vous partez, il n'y a rien à emporter, parce qu'il n'y a jamais eu de fichier.
Pensez à l'espace client de votre banque. Vous pouvez y télécharger vos relevés. Vous ne pouvez pas emporter le site de la banque, et personne ne s'en étonne. L'export de ces plateformes, c'est la même chose : vous récupérez vos relevés, pas le site.
Un site fait de fichiers, c'est le contraire. Comme un document Word ou une photo, il se copie sur une clé USB, s'envoie par e-mail, s'ouvre sur n'importe quel ordinateur et se dépose chez n'importe quel hébergeur. C'est ce que produisent les outils qui fabriquent les pages une bonne fois, quand vous publiez, au lieu de refaire l'écran à chaque visiteur. Un outil en ligne peut très bien travailler ainsi. Quand il ne le fait pas, c'est un choix.
Reste ce qui change tous les jours : la boutique, les commandes, le blog, les rendez-vous. Ça, aucun zip ne l'emporte en marche, chez personne, pas plus qu'on n'emporte sa banque. Ce qui doit sortir, ce sont vos relevés : produits, commandes, articles, contacts, dans des fichiers que vous pouvez ouvrir. Vos pages d'un côté, vos données de l'autre. Un outil qui ne rend ni les unes ni les autres vous tient.
Que se passe-t-il quand on reprend un site six ans après ?
Printemps 2020. Une association de quartier a besoin d'un site pour annoncer ses activités. Un adhérent à l'aise avec l'informatique le crée en un week-end sur une plateforme en ligne. Il ouvre le compte avec son adresse e-mail personnelle, réserve le nom de domaine via la plateforme, et l'association le rembourse chaque année.
Septembre 2026. L'adhérent a déménagé et ne répond plus. Le site affiche les horaires de 2023, et la nouvelle présidente voudrait mettre à jour la page d'inscription avant la rentrée. Personne n'a le mot de passe. Personne n'a accès à la boîte mail du compte. Le domaine est attaché à ce même compte. L'association paie toujours, mais elle ne possède rien qu'elle puisse toucher. Elle peut écrire au support et tenter de prouver qu'elle est la propriétaire légitime. La procédure existe, son issue et son délai dépendent de la plateforme. En attendant, le site raconte le passé.
Rejouons la scène avec deux précautions prises en 2020. Le nom de domaine a été enregistré au nom de l'association, chez un bureau d'enregistrement, et non via l'outil. Et l'adhérent a fait le test du zip, puis rangé l'archive dans le dossier partagé de l'association, à côté des statuts. La nouvelle présidente ouvre le zip, vérifie qu'il s'affiche, le dépose chez un hébergeur à quelques euros par mois, fait pointer le domaine. Le site est de retour, et l'association choisit tranquillement l'outil avec lequel elle le fera évoluer.
Soyons honnêtes sur ce que cette version demande. L'export doit avoir été fait, et refait après chaque changement important, comme une sauvegarde. Le zip est une photographie du site, pas l'éditeur : pour modifier les pages, il faut retrouver l'accès à l'outil ou repartir de ces fichiers avec un autre. Le formulaire de contact ne fonctionnera que si l'outil a fourni son script et si l'hébergeur l'accepte. Le test du zip ne supprime pas ces responsabilités. Il les rend possibles à organiser, ce qui n'est pas le cas quand rien ne sort.
Trois questions à poser avant de choisir un créateur de site
Trois questions, à poser pendant l'essai, avant de saisir un numéro de carte bancaire :
- Puis-je télécharger mes pages aujourd'hui, quel que soit mon plan, et les ouvrir sur mon ordinateur ?
- Mes produits, mes commandes, mes articles, mes contacts sortent-ils dans des fichiers que je peux ouvrir ?
- Le nom de domaine et le compte sont-ils au nom de ma structure, et qui pourra y entrer si la personne qui a créé le site n'est plus là ?
Les outils qui produisent des pages statiques répondent oui à la première par construction. C'est le cas de WebAcappella, installé sur votre ordinateur, qui publie des fichiers chez l'hébergeur de votre choix. Rien n'interdit à un outil en ligne d'en faire autant. La bonne question n'est pas « installé ou en ligne ». C'est « qu'est-ce que je garde si je pars ».